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ET C'EST PAS FINI

ET C'EST PAS FINI et GUINON en Centrafrique « Les jeunes ne s'intéressent pas à la politique... Ils arrêteront de s'abstenir quand ils vieilliront... »

RENCONTRE ENTRE LE MCR, MOUVEMENT CENTRAFRICAIN POUR LA RUPTURE ET MONSIEUR SYLVAIN NDOUTINGA

RENCONTRE ENTRE LE MCR, MOUVEMENT CENTRAFRICAIN POUR LA RUPTURE ET MONSIEUR SYLVAIN NDOUTINGA

RENCONTRE ENTRE LE MCR,
MOUVEMENT CENTRAFRICAIN POUR LA RUPTURE
ET MONSIEUR SYLVAIN NDOUTINGAI,
ANCIEN MINISTRE D’ETAT ET DEPUTE

Compte rendu de la rencontre

Le samedi 25 octobre 2014, à 15 heures, au 3 Rue Dénis Papin, 77390 Verneuil l’Etang, s’est tenue une rencontre entre Monsieur Sylvain NDOUTINGAI et Le Mouvement Centrafricain pour la Rupture (MCR) ainsi que ses quelques sympathisants pour échanger sur des questions liées à la République Centrafricaine. En effet, frappé par la vision du Think Tank MCR, Monsieur Sylvain NDOUTINGAI a souhaité en connaitre d’avantage sur ce Mouvement né des suites de cette grave crise qui a secoué la République Centrafricaine depuis le 24 mars 2013. Le MCR quant à lui et en conformité avec sa vision et ses objectifs, a manifesté sa disponibilité à échanger avec cet homme politique, démarche s’inscrivant dans ses valeurs, notamment celle de ne faire exception de personne en rencontrant toutes personnes morales ou physique œuvrant ou désirant œuvrer pour le retour d’une paix durable au pays du Zo Kwe Zo, afin de plaider pour une RUPTURE définitive avec les mauvaises pratiques qui ont engendré ce chaos actuel.

La rencontre a démarré par un mot de bienvenue prononcé par la Vice-Présidente du MCR, Chargée des Relations Extérieures, Madame Lydie NZENGOU KOUMAT-GUERET, qui ce jour a eu la tâche de modérer la séance.

L’ordre du jour de la rencontre était le suivant :

ORDRE DU JOUR
(Modération Mme Lydie Nzengou)

1. Introduction de la réunion et Présentations des participants
2. Mot de bienvenu de Mr NDOUTINGAI (Qui est-il et pourquoi cette rencontre)
3. Message du Président du MCR sur le MCR (Remerciements, qu'est-ce que le MCR, qu'est-ce que la Rupture selon le MCR, comment pense-t-il influencer la vie politique, économique, sociale et culturelle... de la RCA)
Questions/réponses sur les deux premiers points
4. Message de Mr NDOUTINGAI sur la crise en RCA et les perspectives d'avenir
Questions/Réponses
5. Questions libres à Mr NDOUTINGAI sur tous les sujets y compris ceux "sensibles" (son bilan, les accusations portées contre lui, ses relations avec les partenaires internationaux et les autres pays, etc...)
Questions/Réponses
6. Mots du MCR (Secrétaire Général)
7. Mots de Mr NDOUTINGAI
8. Rafraîchissement

Il a été établi une feuille de présence signée par tous les participants. Cette liste demeure annexée au présent compte rendu.

Le développement de l’ordre du jour qui, il faut le préciser avait été difficilement maintenable, compte tenu de nombreuses interruptions émanant des participants impatients de trouver réponse à leurs interrogations, en coupant assez régulièrement la parole à Monsieur Sylvain NDOUTINGAI, a permis néanmoins de consigner les détails suivants :

Introduction de la réunion et Présentation des participants

La prise de Parole de la Modératrice a permis de préciser le fait que cette rencontre a été organisée par Monsieur Sylvain Ndoutingaï qui a exprimé son désir de rencontrer le MCR pour échanger sur les questions d’actualités liées aux crises récurrentes en République Centrafricaine. Le bureau du MCR a, dans la droite ligne de sa philosophie, choisi de rompre avec toutes les pratiques politiques d’exclusion, et discuter avec toutes les filles et fils du Centrafrique. Ainsi, il s’est donc rendu disponible pour échanger avec Monsieur Sylvain Ndoutingaï, Ancien Ministre d’Etat et Ancien Député.

Après cette introduction, chaque participant s’est présenté, ainsi que l’hôte de cette rencontre.

Message du Président du MCR sur le MCR (Remerciements, qu'est-ce que le MCR, qu'est-ce que la Rupture selon le MCR, comment pense-t-il influencer la vie politique, économique, sociale et culturelle... de la RCA)


Le Mouvement Centrafricain pour la Rupture a été créé à la fin de l'année 2013 par des filles et fils de la RCA, désireux d'apporter leur contribution à la reconstruction de leur pays à l'agonie, que ce soit sur le plan économique, institutionnel, politique, sécuritaire et autres.

Qu'est-ce que le Mouvement Centrafricain pour la Rupture?
C'est tout simplement une association à caractère politique se considérant comme étant un cercle de réflexion, un laboratoire d'idée communément appelé Think Tank.
Les réflexions que ses membres sont amenés à mûrir portent sur toutes les thématiques allant dans le sens du développement de la République Centrafricaine.

Que signifie la Rupture pour le Mouvement Centrafricain pour la RUPTURE?
La RUPTURE n'est pas un simple slogan. En effet, en interne et de manière unilatérale, nous avons décidé d'incorporer dans le nom de notre association le mot ''RUPTURE'' pour marquer la volonté manifeste de rompre avec la mal gouvernance qui est l'une des principales raisons, sinon la principale, de la déliquescence de l’Etat Centrafricain.

Qu'entend le Mouvement Centrafricain pour la Rupture par mal gouvernance? Celle -ci se traduit par l'irresponsabilité, voir l'immaturité de la classe politique, son absence de planification et de projection sur le moyen et le long terme, le pilotage à vue, les détournements de deniers publics, le clientélisme, le népotisme, le tribalisme, la corruption, le manque d’éthique, les entraves systématiques aux droits de l'homme, les arrestations arbitraires, le déni de démocratie. Cette liste est loin d'être exhaustive!
Tous ces maux ont indubitablement entravé l’émergence, voir l’éclosion de notre chère Patrie, la République Centrafricaine.
Ce constat nous le faisons, la quasi-totalité des Centrafricaines et Centrafricains l'ont fait et le MCR n'a pas vocation à seulement constater, mais aussi à élaborer des solutions pour l’amélioration du quotidien du peuple Centrafricain.
Le Mouvement Centrafricain pour la Rupture se pose clairement et concrètement comme force de proposition !

Comment entendons-nous influer sur le quotidien des Centrafricains?
Notre plan d'action prévoit clairement de développer et d’étendre notre action à Bangui puis progressivement dans l'arrière-pays en créant des antennes du mouvement et en identifiant au préalable des personnes ressources qui animeront des groupes de réflexions sur des thématiques bien précises. Le MCR compilera ainsi toutes les réflexions et idées pertinentes afin de les traduire en propositions concrètes, au service du peuple Centrafricain.

Quelle est notre cible? La jeunesse centrafricaine, cette jeunesse qui a été malmenée, ébranlée et brutalisée par tant de crises et de choix politiques obscurs sans aucune perspective allant dans le sens de son émancipation.

Nous au MCR, sommes déterminés à prendre notre destin en main et cela passe par des actions citoyennes de ce type. Nous devons absolument jouer notre partition dans le jeu politique Centrafricain car nous avons trop laissé faire!
Plus jamais nous ne laisserons les gouvernants seuls aux manettes du paquebot Centrafrique. Notre pays a besoin de toutes ces forces vives car le chantier est immense.

MOT DE BIENVENUE DE Mr Sylvain NDOUTINGAI

Mesdames et Messieurs les Membres du MCR,
Chers compatriotes.

Je commence par vous exprimer mes remerciements et ma reconnaissance pour avoir accepté de faire le déplacement de Verneuil l’Etang pour notre rencontre.

Pourquoi cette rencontre ?
J’avoue qu’après avoir quitté les activités gouvernementales et politiques de notre pays au mois de Juin 2012, je me suis mis en retrait pour que mon départ ne soit pas utilisé comme un sujet de « perturbation » des efforts de stabilisation de notre pays qui sont déployés par les acteurs politiques nationaux et la communauté internationale.
Aujourd’hui, c’est pour moi un honneur de me retrouver avec vous pour parler à cœur ouvert de nous-même et de notre pays en toute fraternité. Je saisi aussi cette opportunité qui m’est offerte pour remercier Madame Lydie NZENGOU qui m’a interviewé en Mai 2014 à travers son média en ligne : « Opinion Internationale ». Cette interview m’avait non seulement permis de m’exprimer sur des questions d’actualités de notre pays, mais aussi de découvrir l’existence du Mouvement Centrafricain pour la Rupture (MCR).
J’ai été interpellé par l’idéologie du MCR qui prône la révolution d’un système de gouvernance qui retarde notre nation à amorcer son développement. Ce sont des démarches comme celles-ci qui permettront à notre génération de donner un déclic au relèvement de notre patrie. C’est pourquoi je suis heureux de pouvoir échanger avec vous sur la crise qui a frappé notre pays et sur tous les sujets même sensibles qui pourront nous conduire vers une nouvelle vision du Centrafrique.
Comme tous les centrafricains, j’avais vu et écouté les médias relayer des rumeurs de ce coup d’Etat qu’ils ont ensuite confirmé sur la base de je ne sais quels éléments de preuve. Certains ayant pris leurs délires pour la réalité et réclamé que je sois poursuivi. C’est donc dans un climat de psychose, de diffamation, de panique et de menace de mort que j’avais effectué mes dernières actions au sein du gouvernement.
Et je puis affirmer que contrairement à ce qui a été dit, ma maison n’avait jamais été perquisitionnée pour récupérer des armes, et aucune interpellation n’a été émise à mon encontre, ni par la justice, ni par le gouvernement sous le pouvoir de l’Ex Président BOZIZE. Mon démenti lors de ma passation de service n’a pas été entendu. Je me souviens avoir pourtant clairement dit : « que le mal centrafricain ne viendra pas de moi ». Aujourd’hui encore, certains croient pouvoir utiliser mon silence pour tromper l’opinion sur ma personnalité.

Qui suis-je ?
Je suis Monsieur Sylvain NDOUTINGAI, de nationalité centrafricaine. Je suis né le 24 Mai 1972 à Bossangoa dans la Préfecture de l’Ouham. Je suis un chrétien pratiquant qui a bénéficié dès mon bas âge de l’encadrement des religieux qui ont fortement influencé mon caractère et ma vie. J’ai été consacré Diacre à l’Eglise Evangélique des Frères de NBENGUEWE, le 12 Février 2012 après que je fus longtemps Maitre de Chorale et Chef de Troupe de la Jeunesse Evangélique Africaine (JEA) jusqu’à atteindre le grade de Guide.
Je fus aussi Secrétaire General de l’Union Scolaire de Centrafrique (USCA), puis Conseiller à la mobilisation de l’Association Nationale des Etudiants Centrafricains (ANECA). Issu d’une famille pauvre paysanne, j’ai poursuivi mes études au Lycée Barthélémy Boganda de Bangui où j’ai obtenu mon Baccalauréat série D, puis le Diplôme Supérieur de Gestion des Entreprises à l’Université de Bangui. J’ai ensuite complété ma formation par l’obtention d’un Master en Management et Finances à l’Institut Supérieur de Gestion et d’Economie à Cocody en Côte d’Ivoire.
Au retour dans mon pays, j’ai eu l’opportunité d’être recruté au Service Administratif et Financiers des Activités Communautaires (Article 2) à l’Agence de la Sécurité de la Navigation Aérienne en Afrique et à Madagascar (ASENA). J’ai été déposé au plus vite du poste parce que je n’avais pas pris la carte du parti qui était au pouvoir.
Pour subvenir au besoin de ma jeune famille, j’avais donc décidé de laisser mes diplômes pour regagner les activités des artisans miniers (Nagbatas) organisés en coopératives dans les régions de la Mambéré-kadei et de la Nana Mambéré. Comme pour confirmer que le malheur ne vient jamais seul, notre chantier minier qui produisait beaucoup de diamant nous avait été exproprié par le pouvoir en place au profit d’une société (COLOMBES MINES) sans que nous ne soyons informés et associés. Nous vivions dans un camp de fortune à 30 KM de profondeur à l’intérieur de la forêt situé entre Carnot et Berbérati. C’est à notre réveil de 5h du matin que nous nous sommes aperçus que nous étions encerclés par un commando militaire qui venait de Bangui pour nous déloger de force. Après avoir été copieusement tabassé et conduit à la prison de Carnot, j’ai été relâché après que notre chantier et nos matériels et biens aient été confisqués.
J’ai donc compris qu’à l’époque, malgré mes références intellectuelles et ma détermination à me créer des activités génératrices de revenu, le métier des armes appliquait la loi dans la cité. Je me suis débrouillé pour rentrer à Bangui et me présenter au concours des Forces Armées Centrafricaines (FACA). J’ai par la suite été admis au Concours d’entrée à l’Ecole des Officiers d’Active de Thiès au Sénégal, organisé par la coopération française.
Aujourd’hui, je suis un Officier Supérieur, Colonel de l’Armée Centrafricaine, diplômé et formé dans plusieurs académies militaires (Sénégal, Mali, Cote d’Ivoire, France, etc…), qui revendique et porte haut les valeurs de courage et le sens de l’honneur.
J’ai pris mes responsabilités face aux exactions sur la population par les rebelles « Banyamulengués » du MLC de Mr. Jean Pierre BEMBA sollicités et venus en RCA pour protéger le pouvoir du regretté Président Ange Félix PATASSE, et suis entré en rébellion aux côtés du General François BOZIZE pour bouter ces forces non conventionnelles hors du territoire centrafricain.
Je vous dis encore une fois de plus que je ne suis ni de près, ni de loin associé aux différentes rébellions et groupes armés qui sévissent aujourd’hui en Centrafrique. Comment comprendre l’obstination de certains à vouloir coute que coute m’associer à la rébellion Séléka sous le prétexte que Mr Firmin FEINDIRO était avec eux, comme si ce dernier n’était pas assez grand pour faire ses propres choix. Comment comprendre cette volonté délibérée de m’accuser d’avoir financé et conduit la rébellion Séléka alors que, comme tous les centrafricains, je suis victime de leur pillage et que ma famille a été mise en débandade ?
Je suis un homme politique qui je l’espère a su marquer de son emprinte la RCA. On ignore souvent que je militais déjà dans les syndicats d’élèves et d’étudiants et dans les différents mouvements de la jeunesse de mon pays pour lutter contre les politiques d’inégalités sociales des gouvernements.
Nous allons avec vous aborder les points sur le bilan de mes activités gouvernementales dans les secteurs des Mines notamment, les questions des Codes miniers, du Processus de Kimberley, de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) ; des réalisations effectuées par la création des multiples sociétés de diamants, d’or et de l’uranium ; de l’énergie en matière d’électrification urbaine et rurale, des lois, des projets réalisés dans le secteur des hydrocarbures, du secteur pétrolier avale avec les Marqueteurs TOTAL, puis les questions du gisement pétrolier de notre pays dans le secteur de l’eau potable, souterraine et de surface.
Mais nous parlerons aussi des réalisations effectuées à la tête du Ministère des Finances lorsque j’avais conduit notre pays à l’atteinte du point de décision et d’achèvement de l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (IPPTE) et la signature avec le FMI d’un programme triennal d’appui au développement qui malheureusement a été interrompu par mon départ.
De même, nous évoquerons les réalisations menées à la tête du Ministère de l’Urbanisme, de l’Habitat, du logement et des édifices publics car j’avais aussi créé des entreprises publiques (Banque de l’Habitat de Centrafrique et l’Agence Centrafricaine de Promotion de l’Habitat) dans ce département qui semble restées inopérationnelles aujourd’hui. J’ai aussi été à la tête d’institutions régionales qui regroupent les 10 pays d’Afrique Centrale et ce pendant 5 ans.
Mais je pense que l’importance de notre rencontre d’aujourd’hui réside dans nos échanges sur la situation actuelle de notre pays et la manière à laquelle nous devons envisager les perspectives d’avenir.
Pour cela, je suis pour ma part persuadé que les problèmes qui minent notre pays ne seront durablement résolus que par nous-mêmes. Et c’est l’intérêt pour moi d’échanger sur les solutions possibles pour sortir notre pays de ce drame qui n’a que trop duré. L’extérieur ne pourra que nous appuyer dans le sens de la vision que nous donnerons à notre pays. A cet effet, il nous faut nous unir, nous relier et bâtir ce socle commun qui permet la fierté nationale, qui permet de dépasser nos intérêts particuliers, qui nous permet de ne pas perdre notre identité, qui nous permet de gagner notre autonomie et de contribuer au développement de notre pays.
Voilà les motivations qui sous-tendent cette rencontre.
Je vous remercie.

Mots du Secrétaire Général du MCR
Après un recadrage apporté par la modératrice.
Monsieur le Ministre, je voudrais au nom du MCR vous faire des excuses, car nous n’avons pas réussi à nous contenir. Je reconnais que nous vous avons coupé la parole à chaque fois que vous prononciez un mot… Nos invectives pendant votre intervention sont en effet très malvenues.
Nous n’avons pas accepté de vous rencontrer pour vous agresser. Notre détermination dans la rupture, intègre aussi le fait de parler à tout le monde, à tous les Centrafricains qui acceptent de nous rencontrer.
Nous saluons votre initiative et cette occasion de rencontre. Nous n’avons certainement pas encore fini de nous rencontrer.
Le MCR vous remercie.

Questions/Réponses
Mr Mandaba Bournu :
Merci pour votre présentation.
Vous avez exercé pendant dix ans sans discontinuité. Pouvez-vous expliquer le rôle de l’énergie dans une économie. En 10 ans quels sont les statistiques concernant le bénéfice de l’électricité dans le pays ? Avec toutes vos expériences, quelles sont vos propositions pour que toute la RCA soit électrifiée.

Mr Sylvain Ndoutingaï :
Les deux questions sont liées à ma personne. Ce qui interpelle les Centrafricains c’est l’électricité. L’énergie est la première place dans une économie. Nous trouvons dans ce domaine deux spécificités, le segment électricité, et l’hydro carbure, mais les deux ne forment qu’un seul corps.
La première usine de 10 mégawatts produisant l’électricité avait été construite en 1959 (Boali 1) et devait alimenter une ville de 200 mille personnes. Puis, les Yougoslaves ont appuyé l’Etat centrafricain par la construction d’une deuxième usine (Boali 2) de 10 mégawatts (MW) qui a augmenté la production d’électricité à 20 MW. De nos jours, la ville de Bangui qui compte environ 600 mille habitants a besoin d’un minimum de production électrique de 30 mégawatts tandis que les deux usines (Boali 1 et 2) n’en produisent que 18 MW. Les usines de BOALI 1 et 2 qui n’ont pas été révisées pendant plusieurs décennies ont atteint un état de vétusté grave qui fonctionne en deçà de sa capacité. La construction du barrage de Mbali (Boali 3) par la Chine Populaire aurait dû permettre un surplus de 10 MW pour couvrir le besoin Banguissois de 30 MW. Malheureusement, le changement de la relation diplomatique avec la Chine Populaire par le gouvernement de l’époque au profit de la Chine Taipei avait marqué un coup d’arrêt à la finalisation dudit projet de BOALI 3.

Qu’avons-nous fait ?
Lorsque je suis arrivé à la tête du département, le secteur de l’électricité n’était pas réglementé. Le secteur de l’électricité est le monopole de l’Etat à travers sa société « Energie Centrafrique », ENERCA, qui ne disposait plus de trésorerie nécessaire à l’investissement requis. L’ENERCA était dans le cercle de la privatisation suivant la loi de 1998 appuyé par le programme d’ajustement structurelle de la Banque Mondiale. Notre 1ère action consistait à déterminer un cadre juridique qui supprime le monopole du secteur de l’électricité. C’est ainsi que nous avons pu adopter et publier le Code de l’électricité de la République Centrafricaine en 2005. Ce nouveau cadre juridique a permis non seulement de créé ses organes de régulations et de mise en œuvre des projets d’électrification du pays, mais a aussi drainé de nouvelles entreprises d’électricité qui se sont installées sur les rives de Kotto à Mobaye (HYDRO FINANCE) et de Toutoubou à Carnot et autres. Le Code de l’électricité a consacré la libéralisation du secteur à la place de la simple privatisation. Ce nouveau cadre juridique a drainé des investisseurs d’énergie et a favorisé leur floraison avec la multiplication des entreprises en faveur de l’électrification du pays.
La période allant de 2005 jusqu’en 2010 était consacrée aux montages et aux réalisations des nouveaux projets d’électrification. A cet effet, le contrat pour l’équipement du barrage de Mbali a été signé et lancé pour rendre opérationnel l’usine de Boali 3. Un autre contrat avait été signé avec l’Agence Française de Développement (AFD) pour mener l’étude de la structuration de l’ENERCA en vue d’une externalisation de la fonction commerciale de celle-ci qui a été menée par EDF. Ce dernier contrat a retardé le premier et le mouvement politico-militaire de la Séléka a freiné les travaux d’équipement de l’usine de Boali 3.

Sur l’idéologie de la Rupture que prône le MCR, je constate que le changement ne vise que les questions de la mal gouvernance au niveau nationale. Je me permets de poser la question relative à la dimension géostratégique qui influe aussi fortement et parfois négativement cette gouvernance ? Quelle est donc la vision du MCR à régler ce mal qui perdure ?

J’admets que certaines questions d’importance nationale ont été mal gérées. C’est le cas par exemple du projet de la construction de l’usine de la cimenterie de Zila qui n’a pas pris en compte toutes les dimensions nécessaires à son fonctionnement alors qu’il s’agit d’un prêt indien à l’Etat et que les fonds sont gérés par une entité privée. Aussi, il faut des intrants de matière première (le calcaire), de l’énergie électrique, des quantités suffisantes d’eau pour le fonctionnement d’une usine de cimenterie. Malheureusement, ce projet a été monté et mis en œuvre sans prendre en compte le dossier de faisabilité de la cimenterie qui était disponible au Ministère des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique. Mais notre pays risque de rembourser ce prêt sans que le ciment ne soit produit et vendu.

Sur la question de savoir si je suis candidat aux prochaines élections, ma position est toujours la même. Ce n’est pas sérieux que nous nous préoccupons de conquérir le pouvoir pendant que nos compatriotes vivent dans l’insécurité, ne mangent pas à leur faim et que notre pays soit dans une crise sans précédent. Je considère ces ambitions comme une injure envers le peuple qui vit dans la précarité et qui est resté dans des camps de fortunes. L’urgence est la restauration de la sécurité pour permettre le retour des centrafricains dans leurs familles respectives. Il faut favoriser la réconciliation entre les citoyens et rendre justice à ceux qui sont victimes de la crise. Ce n’est qu’après ce rétablissement que le moment viendra pour que se déroule une élection sereine, crédible. Aujourd’hui, je me prononce sur la crise dans mon pays en tant que citoyen centrafricain.

Mr Léon Odoudou :
Lorsque vous avez pris part au renversement de PATASSE, avez-vous pris conscience de la dimension et des stratégies mises en place par les autres gouvernements ?
Je suis amer face à votre action. J’ai rencontré BOZIZE dans le métro, je ne pouvais pas lui dire d’arrêter. Mais je lui ai dit « ne faites pas ce que les autres nous ont fait avant ». Ce n’est pas votre âge qu’on va vous reprocher. Ce qui se passe est malheureux.

Mr Sylvain Ndoutingaï :
J’étais à cette époque un jeune Lieutenant qui a prêté serment de défendre son pays et protéger le peuple. J’étais à l’extérieur en cours d’Officier d’Administration au Mali pendant que se déroulait des violations graves des droits fondamentaux des centrafricains. J’ai été révolté qu’un régime démocratiquement élu puisse faire appel à des rebelles d’un autre pays pour protéger son pouvoir. A la limite je peux admettre l’Armée congolaise régulière pour l’aider. Les centrafricains ont encore en mémoire les exactions qui ont été commises par les « Banyamulengués » lorsque le gouvernement de l’époque leur avait fait appel en mettant de côté les Forces Républicaines de notre pays. J’entendais les cris d’alarme de la population qui se faisait violer, tuer et piller par ces rebelles. Ces exactions ont aussi été dénoncées par les organisations des droits de l’homme. Des hautes personnalités de l’Etat, des Officiers généraux et supérieur ont été dépouillés et humiliés.

Mr Léon Odoudou :
Faire venir l’armée congolaise contre qui ? Il existait déjà un mouvement politique par la création du 4CN et autres. Aujourd’hui nous avons une jeunesse formée qui souffre à l’extérieur. Les militaires nous disent en permanence qu’il fallait prendre le pays. Un pays se construit dans la continuité et le respect des institutions. Un pays ne se construit pas dans les rébellions. Comment arrêter cela ?
Il existe des militaires dans tous les pays d’Afrique, pourquoi il n’y a qu’en Centrafrique que les militaires se lèvent pour faire des coups d’Etat. Avez-vous pris la bonne dimension avant de lancer la rébellion.

Mr Sylvain Ndoutingaï :
Mettre hors état de nuire ces rebelles était une mission pour un militaire formé par la patrie. Notre action de l’époque était au-delà de la personne de BOZIZE. D’ailleurs tous les partis politiques de l’époque étaient des alliés de ce mouvement qu’ils avaient baptisé « Sursaut Patriotique ». D’où l’appellation des « Libérateurs ».

Je saisis aussi l’occasion pour dire que j’ai été appelé dans le gouvernement du célèbre opposant « charismatique » par le défunt Professeur Abel GOUMBA qui fut mon Recteur à l’université de Bangui à cause de mon profil. Je n’étais donc pas devenu Ministre par le seul lien parental avec le Général BOZIZE comme d’aucuns le font croire. Je pense que lorsqu’on est élu démocratiquement par un peuple, c’est pour le servir et le protéger. Pourquoi n’avait-on pas fait appel aux forces régulières du Congo démocratiques pour protéger le pouvoir comme c’est aujourd’hui le cas ? J’ai la conscience tranquille et je l’assume.

Votre question répond également aux conséquences de la mal gouvernance et de la non prise en compte de la dimension géostratégique.


Message de Mr NDOUTINGAI sur la crise en RCA et les perspectives d'avenir
Questions/Réponses


SITUATION CENTRAFRICAINE EN CE JOUR

La République Centrafricaine jadis l’Oubangui Chari, notre cher et beau pays, traverse la plus terrible crise de son histoire. Son peuple, ses frontières, son indépendance, son identité et jusqu’à son âme sont menacés de destruction. La situation en Centrafrique est restée apocalyptique et dramatique, la sécurité des personnes et des biens n’est pas assurée laissant la place à des conflits intercommunautaires et « interreligieux ». Il y existe des armes disséminées partout et qui ne sont ni ramassées ni contrôlées. C’est un pays sans Etat (en faillite), en proie à l’anarchie sans que quiconque (Autorités nationales, Leaders politiques et d’opinion ou Communauté Internationale) n’arrive à reprendre le contrôle ou apporter des solutions idoines. La Communauté Internationale venue en appui à un gouvernement de transition désigné, est au chevet de notre pays sans que le péril ne semble s’éloigner. Les gouvernements se succèdent à la tête du pays sans aucun programme politique consensuel de sortie de crise, afin de mettre fin à la souffrance du peuple. Des accords nationaux, régionaux et internationaux sont signés entre les protagonistes sans aboutir à rétablir l’Etat centrafricain. Des résolutions des Nations Unis ont été prises, accompagnées par le déploiement des Forces internationales sans que la paix et l’ordre ne soient rétablis. Cette situation nous emmène à nous poser la question de savoir quel est aujourd’hui le régime républicain de notre pays ?

ANALYSES DE LA CRISE
Notre pays a été sujet à des crises politico-militaires à répétition durant plusieurs décennies sans que les vérités sur les causes et les origines de ces crises ne soient honnêtement établies et résolues.

A mon avis, il existe deux (2) caractères principaux qui constituent les causes et les origines des crises en Centrafrique: (i) Caractère exogène et (ii) Caractère endogène.

(i) Du caractère exogène
La RCA est un pays vaste et riche qui dispose d’énormes variétés des richesses naturelles. Ce pays dans l’épicentre des enjeux géostratégiques et des multiples intérêts économiques est l’objet des conquêtes et des luttes pour le contrôle de ses potentialités depuis plusieurs décennies, d’où la naissance des soubresauts militaro-politiques à la solde de puissances occultes empêchant et retardant son développement ainsi que celui de son peuple.

La convoitise de ces ressources naturelles suscite beaucoup de batails pour leur contrôle par des grandes compagnies étrangères. Cela représente souvent les sources des déstabilisations des pouvoirs en place qui se répercutent par l’aggravation des conditions de vie de la population et le retardement du développement du pays. Ce phénomène empêche l’Etat centrafricain de mener à terme un programme de développement durable.

On ne peut occulter le fait qu’il existe un cycle de violence et de coup de force tous les dix (10) ans en Centrafrique. D’ailleurs ce cycle correspond aussi aux périodes de validation, d’attribution et/ou de renouvellement des titres d’exploitation des ressources naturelles du pays aux multinationales. C’est dire que le problème réside aussi dans l’absence de sincérité des conquérants qui n’ont pas l’honnêteté d’exprimer clairement leurs demandes sans sacrifier à répétition la sécurité de la population et la stabilité du pays.

Mais les centrafricains restent et demeurent les responsables premiers de leur malheur car l’extérieur n’aura fait que récupérer nos trahisons et exploiter nos divisions.

(ii) Du caractère endogène
Notre pays est instable depuis son indépendance en 1960 à cause de la rareté des leaders avertis et éclairés par une vision commune assise sur des valeurs républicaines.

Cette carence de leadership et des leaders dévoués à la cause nationale a laissé la place à des pseudos hommes politiques qui ont conquis les pouvoirs de l’Etat pour des ambitions personnelles et catégorielles. On les voit dans des jeux d’alliances et d’intelligences avec l’extérieur souvent contre l’intérêt de leur pays. La plupart de nos hommes politiques arrivent au pouvoir dans les conditions et la volonté des intérêts extérieurs qui n’ont la tête qu’à plaire à leurs géniteurs. Il s’en suit l’absence de la trilogie politique fondée sur les valeurs nationales : J’en veux pour preuve notre difficulté à déterminer les visions et les idéologies, les programmes du gouvernement et les projets de société des Partis politiques centrafricains qui se multiplient dans notre pays. Comment comprendre qu’en RCA il existe plus de 80 partis politiques pour une population d’environ 4 millions d’habitant, alors que le pays compte moins de 10 entreprises formelles appartenant aux centrafricains ? La première conséquence est alors l’absence d’un socle commun qui nous permet de nous relier et de nous accorder sur la dimension essentielle de notre unité nationale afin de bâtir le développement durable de notre pays. L’une des choses qui frappe en Centrafrique, c’est que chaque centrafricain veut occuper les postes du pouvoir politique et est prêt à les arracher par n’importe quels moyens, d’où l’absence d’alternance politique.

LES PERSPECTIVES D’AVENIR
Notre pays est sous un régime d’exception par une période de transition politique. Ce modèle de gouvernance n’est pas destiné à bâtir un modèle de développement durable. Il est destiné à pallier à l’urgence afin de sauver la Nation en pleine dérive. Mais au vue de la situation actuelle, on retient que les actions des autorités de transition ont montré leurs limites à éradiquer le mal.

Personnalité forte pour garantir l’intégrité nationale, restaurer l’autorité de l’Etat puis rétablir les Forces de Défense et de Sécurité dans leurs fonctions régaliennes et leurs missions traditionnelles dans l’intérêt supérieur de la république et ce, sur toute l’étendue du territoire nationale

Face aux multiples groupes armés et à la prolifération des armes légères et lourdes dans le pays, la solution aurait été de privilégier le choix d’une personnalité forte, acceptée, respectée par les militaires et dont son commandement n’est pas contesté par ceux-ci pour faire face à l’urgence sécuritaire qui prévaut dans le pays. Cette personnalité forte ne doit être impliqué ni dans la séléka, ni dans les anti-balaka. Elle doit faire l’humanité auprès de la population, surtout les jeunes. Elle doit pouvoir mettre les intérêts du pays avant toutes choses et être perçue par la population comme telle afin de la remettre en confiance. Le peuple ne doit pas percevoir cette personnalité comme un homme ou une femme imposé(e) de l’extérieur.

L’urgence c’est aussi le rétablissement de la sécurité pour permettre aux déplacés internes et externes et aux réfugiés de retourner sans crainte dans leurs foyers respectifs. Aucune force armée extérieure au pays ne pourra agir seule et garantir le droit fondamental à la sécurité des personnes et des biens. Les autorités de la transition et les responsables de la Communauté Internationale qui s’impliquent ne peuvent ignorer qu’il n’y aura aucune sécurité durable pour le Centrafrique, ni pour ses voisins si une partie de notre territoire doit faire l’objet d’un séparatisme de quelque nature que ce soit. Il n’y a qu’un seul Centrafrique, une seule Nation. Il ne saurait être autrement. Les Centrafricains ne sauraient accepter autre chose. Je sais que nos Militaires, nos Gendarmes et nos Policiers ne sont pas épargnés par la douleur et la colère d’être écartés et de ne pas être impliqués dans le processus de la transition pour agir et sécuriser leurs concitoyens et leur pays. Je connais le professionnalisme de leur commandement à bien mener le processus de pacification du pays. De tout cela, il faut lui témoigner la confiance et lui redonner les moyens. Je sais qu’ils sont très nombreux dans leurs rangs à y aspirer du plus profond de leur engagement au service de la protection de nos compatriotes et de la Nation.

L’urgence de s’unir et de se relier pour bâtir un socle commun.
Suite aux conflits fratricides qui ont déchiré notre pays, il nous faut, sans attendre, nous relier, nous accorder et bâtir un socle commun qui permettra de rester fidèle aux principes fondamentaux de notre Patrie : Unité-Dignité-Travail. C’est dans la fidélité à notre devise qui a consacré un pays et son peuple sans distinction de religion ou d’ethnie, que nous trouverons la force de ne plus retomber dans le piège artificiel et politicien des divisions mortifères.
Il nous faut nous relever parce qu’il existe d’excellentes potentialités dans tout le pays. Chacun de nous a un grand rôle à jouer pour montrer le chemin du devoir et donner le signal du redressement. Il nous faut l’unité dans la pluralité et la diversité. Il faut être différent dans un ensemble unique.

Nos concitoyens se sentent abandonnés à leur sort. Les autorités politiques du pays, dépassées, sont abandonnées par le peuple. Dans ce chacun pour soi où chacun est livré à lui-même, dans ce chacun pour sa communauté qui semble s’imposer à tous par ce qu’il en va de la survie, se joue la liquidation des valeurs morales qui ont présidé à la création de notre pays. Dans ces épreuves terribles, chaque centrafricain mesure combien nos communautés demeurent liées les unes aux autres : elles succomberont toutes ou gagneront ensemble. Aussi, il faut convoquer le forum qui permettra à tous de parler nettement, sans détour, de cette douleur et de cette colère qui existe désormais au plus profond de nous-mêmes. Il n’est pas un centrafricain qui ne soit sous cette étreinte. Il est même difficile d’imaginer aujourd’hui que nos larmes seront séchées un jour. Il n’y a aucune raison d’ignorer cette douleur et cette colère et de laisser ceux qui ne vivent pas cette peine décider à notre place ! Quant à moi, je veux les exprimer ouvertement. Tenons ce drame pour ce qu’il est, afin de bien prendre la mesure de ses conséquences. Reconnaissons dès à présent, qu’au-delà des modalités à trouver une sortie de crise, il nous faudra du temps pour aboutir à la nécessaire réconciliation. C’est pour cela qu’il nous faut commencer dès maintenant.

Réunir les conditions solides d’un relèvement durable
En premier lieu, il nous faut réunir les conditions solides d’un développement durable. De simples arrangements ne pourraient entraver qu’un rétablissement provisoire. Nous sommes désormais instruits des échecs des précédents processus de « réconciliation ». Un point déterminera tous les autres. La démocratie, quand viendra le moment, ne doit pas être dévoyée, elle ne doit pas tourner à la dictature des plus nombreux, des plus forts, des plus « connectés » ou des mieux organisés sur tous les autres. Il faut que les hommes de cœur et d’esprit aient le courage de regarder les choses en face et de les dire avec franchise. Le chaos qui frappe notre pays et nos foyers est d’abord le résultat de nos errements, de nos divisions, de nos injures, de notre haine et de nos règlements de compte.
Alors disons-nous que nous avons compris, parce que nous avons collectivement 54 ans, nous sommes en mesure de cesser de prétendre être des sujets de manipulation.

Assumer nos responsabilités, c’est la condition pour sincèrement travailler par nous-mêmes au nécessaire relèvement patriotique et ainsi prendre prise sur notre destin collectif. Je sais la tentation forte est terriblement humaine d’accuser ou de dénigrer l’autre. Cela doit pourtant cesser ! Je mesure les efforts qui sont nécessaires en pareilles circonstances pour agir positivement et pour dépasser nos tentations de divisions. Mais c’est une impérieuse nécessité pour relever le pays. Au même titre que les autres nations, nous devons savoir exprimer ce que nous voulons comme un peuple digne et responsable. A nous d’identifier nos problèmes, de savoir délibérer librement et collectivement pour apporter les solutions convenables à nos aspirations profondes.

Ce travail, nous sommes nombreux à vouloir le commencer dès maintenant, pour accompagner la nécessaire réhabilitation de l’administration publique, de l’Etat et la revitalisation du lien entre le peuple et les force vives de la nation : partis politiques, syndicats, confessions religieuses, organisations des femmes et des jeunes, opérateurs économiques, profession libérale etc…

Retenir dès à présent le modèle de développement de notre pays
Il nous faut enfin dès à présent retenir le modèle de développement qui nous permettra de valoriser nos énormes potentialités économiques. Les faits nous enseignent que les ressources naturelles ne font pas de développement. Car des pays dotés de formidables ressources naturelles ne sont pas développés. A l’inverse des pays sans ressources naturelles connaissent la prospérité. L’expérience nous montre que l’aide au développement ne fait pas le développement. Elle est nécessaire, mais elle ne peut remplacer la mise en œuvre de projets économiquement viables.

Notre développement futur proviendra de la promotion de l’entreprenariat, du développement des entreprises de toutes tailles et de l’artisanat, d’un système éducatif axé sur l’acquisition de savoirs pratiques qui préparent à l’emploi et à l’activité économiquement productive.

Notre pays dispose des atouts pour se développer et nous avons les capacités humaines pour nous prendre en charge. Les ressources et les atouts de notre pays suscitent, c’est vrai, bien des enjeux et des convoitises de la part d’acteurs étrangers. Plutôt que de les en blâmer, travaillons notre capacité collective à les mettre au service d’une prospérité partagée, ou à nous en prémunir quand ils vont à l’encontre des intérêts nationaux. L’amateurisme économique, l’immaturité politique, les orgueils mal-placés sont des faiblesses qui dépendent d’abord de nous-mêmes. Réunissons ensemble la force et la hauteur de vue nécessaire au développement profitable à tous.

Bâtir une institution forte.
Il nous faut une institution forte pour une gouvernance intègre et transparente. En premier lieu, à ce stade de la situation politique, il y a besoin de tout le monde, de plusieurs responsables politiques qui se comportent en Hommes d’Etat. Dans ce cadre, « bâtir une institution forte », c’est rassembler des hommes et des femmes ayant le sens de l’Etat et représentatifs du pays et du peuple. Car les hommes d’Etat s’inscrivent en permanence dans l’action et dans la responsabilité. La fin ultime des hommes d’Etat est la défense des intérêts de leur pays, qu’ils soient d’ordre stratégique, géopolitique, économique ou social. La qualité essentielle des hommes d’Etat est la lucidité qui suppose une compréhension directe des principales problématiques économiques, sociales et géopolitiques. Les hommes d’Etat doivent se baser sur leurs expériences, leurs compétences et leurs cultures personnelles pour choisir le cap à suivre pour leur pays. Ils s’inscrivent dans la durée et la persévérance dans l’action à cause de leur courage et sont jugé sur leurs capacités d’entrainement. Ils doivent se montrer exemplaires et exiger l’exemplarité à l’ensemble de leur gouvernement. Pour les hommes d’Etat, ils sont des valeurs telles que la liberté, la paix, la démocratie, la fraternité, la solidarité qui leur semblent impossible à enfreindre, quelques soient les circonstances. Ils aiment leur patrie et leur peuple. Ce sont des serviteurs de l’humanité car ils ont complètement renoncé à une certaine conception de la politique et de l’Etat, reposant sur le mensonge et la violence. Ils sont toujours prêts à s’effacer devant l’intérêt général de leur pays, de leur peuple. Ils font du pouvoir politique non pas une fin, mais un moyen.

Cela dit, évitons tout de même, toute vision manichéenne entre hommes d’Etat et hommes politiques. Pour comprendre la différence entre les deux qualités, je me réfère souvent à la formule de Richard NIXON qui dit : « Le politicien suit le peuple alors que le peuple suit l’homme d’Etat ».

Pour finir, il nous faut retenir que d’innombrables preuves montrent que le peuple centrafricain n’accepte pas l’horrible situation qui nous est faite. Tous les jours, des concitoyens entrent en contact. Des hauts fonctionnaires, des dirigeants de la société civile ou de nos régions, des responsables politiques témoignent de leur état d’esprit : il est d’un intérêt vital de créer à l’endroit des centrafricains et des amis de la RCA, un déclic qui nous permettra de construire le socle d’un destin commun. En faisant cela, nous sommes des patriotes. Ce message à votre endroit est né de ces échanges nombreux et de la volonté d’offrir aux Femmes et aux Hommes de bonne volonté la possibilité de se relier, de s’accrocher par-delà leurs différences, pour sortir la RCA, notre patrie du cours tragique de son histoire.

Je vous remercie.

PATRIOTIQUEMENT

Questions libres à Mr NDOUTINGAI sur tous les sujets y compris ceux "sensibles" (son bilan, les accusations portées contre lui, ses relations avec les partenaires internationaux et les autres pays, etc...)
Questions/Réponses

Mr Jean-Paum Kimoto :
Etes-vous conscient que le gouvernement, le régime auquel vous avez participé, est comptable de cette situation ?

Mr Sylvain Ndoutingaï :
Oui, je l’assume. Et je pense que vous vous sentez aussi comptable. Nul ne peut se départir de ses responsabilités par rapport à la situation. Oui je fais partie des responsables. Nous tous en tant que Centrafricains sommes responsables. Aucun centrafricain ne peut honnêtement se départir aujourd’hui du drame. Chacun de nous à quelque niveau que ce soit est responsable de la situation

Mr Vianey Koyabe :
Lorsque vous parlez de la manipulation des pesanteurs géostratégiques, il faut intégrer le fait que certains comportements ont rendu « disponibles » des fils de ce pays, pour servir ces forces géopolitiques… Vous ne pouvez pas occulter le fait du phénomène « GBAYA boys » ou encore le fait qu’il fallait être yakoma pour avoir droit au chapitre dans ce pays.

Mr Sylvain Ndoutingaï :
Nous ne pouvons pas ne pas regretter les mauvais côtés de nos cultures politiques qui ont apporté la haine et la division ! Il nous faudra tenir compte de cette dimension sombre qui nous empêche de vivre ensemble comme le recommande notre devise ! C’est d’ailleurs le bien fondé et la finalité de cette rencontre que de voir comment mettre fin à cette pratique qui ne nous honore pas. Cette pensée doit désormais relever du passé et nous nous devons de nous consacrer à développer et réfléchir sur notre capacité à aller de l’avant.

Mr Vianey Koyabe :
Certainement, mais cela n’occulte pas le fait que pour avancer, il faut soigner le passé.

Mr Armand Sama :
Je fais le constat autour de la vulnérabilité de notre pays. Mais je souligne que vous n’êtes pas allé au fond des aspects à l’origine de la crise. En ce qui concerne l’accession à la magistrature suprême, le processus de transmission de pouvoir n’a pas été fait plus de 2 fois. La plupart des cas de sortie de ces Chefs d’Etat sont soit des fuites par ce que chassés, soit à l’étranger, empêché de rentrer et l’alternance se fait ainsi.
Chez nous, il y a la main extérieur, mais aussi nous-mêmes avons jeté en pâture notre pays en ne privilégions pas un mode normal d’alternance. Justifier le coup d’état par le fait que le régime ne va pas n’a pas dans notre sens.
Nous avons désarticulé l’ordre normal des choses. Les institutions ont été brisées, et c’est n’importe quoi !
L’origine incombe à ceux qui ont été « illuminés » pour intervertir sur la suite des choses.
Il faut aussi proposer la justice car l’impunité semble admise. Il faut un appareil judiciaire digne de ce nom. Il n’existe aucune séparation des pouvoirs. Nous devons introduire le cadrage social des individus en y introduisant le volet justice.
Il faut une refondation de cette nation.
Nous sommes conscients du potentiel de notre pays. Il y a tellement de choses, mais la priorité de notre pays c’est l’éducation. Cependant c’est un processus qui prendra du temps. Telles sont des réflexions comme ça que nous les centrafricains devrions avoir dans le cadre de la rupture.

Mr Juvénal :
Je m’adresse à Mr le Ministre. J’ai l’impression que les membres du gouvernement ont peur de la rumeur. C’est un outil utilisé par les hommes politiques. La rumeur peut servir. C’est juste une parenthèse.
Vous concernant, vous nous avez éclairés sur beaucoup de points. Il y a un point sur lequel vous n’en avez pas parlé. La rupture avec votre régime.
La fin de votre fonction, vous l’avez survolé. Tout le monde disait que tout passait par vous.
Qu’est-ce cela vous évoque lorsqu’on parle de SELEKA. Vous étiez au gouvernement lorsque les choses ont commencé. De l’intérieur du système de l’époque, quel est votre avis là-dessus ?

Enfin la politique. Aujourd’hui vous parlez bien, comme un bon orateur. Au gouvernement la communication était un défaut. Au pouvoir vous vous croyez différents, dans des bulles. Je me demande si du fait d’être arrivé par les armes, vous vous croyiez au-dessus de tout le monde, vous vous imposiez. Cela fait plaisir de vous rencontrer ; vous voir parler, rire est très différent de celui qui était au gouvernement.
La RCA est-elle une République ou un pays militaire ? Tout le monde est nommé.
Je vous remercie de votre disponibilité !

Mr Sylvain Ndoutingaï :
Je ne considère pas les 1ères interventions comme des questions auxquelles il faut répondre, mais comme des apports et des contributions. Ces interventions vont dans le sens du fait qu’il nous faut jeter les bases d’une refondation. Aussi dans l’intervention de Mr SAMA, on y trouve des réponses pour les questions de Mr Juvénal. Ces interventions vont dans le sens de la refondation nécessaire de notre pays.
Lorsque nous étions dans la rébellion, des combattants incontrôlés venus du Tchad et du Soudan se sont infiltrés dans le mouvement et ils se lançaient dans des actions contraires à l’aspiration de notre mouvement. Mais nous avons pris des mesures à l’époque pour qu’ils soient rapatriés dans leurs pays d’origine avec le concours de leurs Etats. Malheureusement, on a vu ces mêmes combattants revenir dans la Séléka et des lieux de culte ont été profanés et détruits. Peu de gens ne savent que durant notre mouvement, j’ai été l’officier qui a assuré la protection des religieux dans la brousse.
L’institution judiciaire se doit d’être rétablie. D’ailleurs je me pose la question de savoir comment rétablir cette indépendance telle que l’on exprime pendant que le Chef de l’Etat est le premier magistrat du pays ? Peut-être qu’il va falloir y réfléchir en s’inspirant des fonctionnements de ces institutions dans les autres pays. Il faudra aussi regarder ce que les Etats généraux de la justice centrafricaine ont recommandé pour établir de manière solide le pouvoir judiciaire. Le moment viendra où cette question sera résolu.


L’ordre du jour étant épuisé, La Réunion a été clôturée aux environs de 19 heures 40 minutes par une collation.


Fait à COURDIMANCHE
Le 05/11/14

ANNEXE

NOM ET PRENOM
KOYABE VIANEY
KIMOTO JEAN-PAUL
MBAY BERTIN
ANDET MASPERO
MATOUA BRUNO
KOSSIANGA JUVENAL
SAMA ARMAND
ODOUDOU LEON
MANDABA BORNOU JEAN-FIDELE
MANDABA BORNOU THEOPHLE
KOUMAT-GUERET FRANCIS
GRESENGUET GUILLAUME
DORAZ ROLAND
NZENGOU LYDIE
NDOUTINGAI SYLVAIN

RENCONTRE ENTRE LE MCR, MOUVEMENT CENTRAFRICAIN POUR LA RUPTURE ET MONSIEUR SYLVAIN NDOUTINGA
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